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14 janvier 2016 4 14 /01 /janvier /2016 11:36

 

Oui, certains écrivent des livres pour parler de leur combat avec où plutôt sans alcool!

Mon combat est le combat d'une maman de 2 gamins qui partaient à la dérive! Une famille en état de décrépitude! Après mon divorce, les premières années, seul le soir, quand mes enfants étaient couchés, je consommais trop, beaucoup trop d'alcool, du vin rouge, bon marché. Je savais que ce n'était pas sérieux, mais comme tous les alcooliques, je disais, je me disais que je pouvais m'arrêter quand je voulais. On arrive même à s'en convaincre tellement on se ment! Mon ex mari n'était pas très gentil! Il ne s'occupait plus des enfants. C'était difficile à supporter.
Un jour, problèmes financiers, je ne pouvais plus payer mon loyer. Ma mère étant handicapée ne pouvait plus rester seule chez elle. Elle avait un grand appartement et m'a proposé contre logement de m'installer avec elle. Financièrement, bien sûr, je m'en sortais beaucoup mieux. Mes enfants profitaient de la générosité de leur grand-mère. Mais pour moi, plus de vie intime, plus d'indépendance, j'étais dirigée comme une enfant, et ma consommation devenant de plus en plus grande, mes enfants se réfugiaient vers ma mère. Je ne me souvenais plus de ce que j'avais fait la veille. Je ne pouvais plus travailler, donc j'étais de plus en plus souvent en maladie. Mon garçon n'allait plus en cours, il fumait dans le jardin en face le collège avec ses copains. L'état de santé de ma mère se dégradait chaque jour un peu plus et elle était à présent en fauteuils roulant. 5 ans que je vivais ainsi! Toujours en augmentation de consommation d'alcool, toujours du vin rouge!
Je devais être invivable pour ma famille! Ma fille pleurait tous les soirs me suppliant d'arrêter l'alcool! C'était trop tard! Je ne pouvais plus! J'étais violente envers les enfants, et ma mère était violente envers moi, verbalement bien sur, elle n'avait plus la force de faire autrement. Pourtant, on s'aimait tous tellement! Et si je ne l'avais pas eu, ma maman, comment aurais-je pu vivre?
Les jours passaient ainsi, avec par ci et par là, des crises d'épilepsie, des vomissements au petit déjeuner, des tremblements au réveil. Presque 10 ans d'alcoolisme sévère. Parfois, comme pour me punir, je me regardais dans la glace, et je me demandais comment je serais dans 10 ans.
Une fin d'après midi, mon fils est rentré à la maison, alors que je me reposais (buvais) sur le canapé. J'ai remarqué qu'il avait les yeux exorbités et qu'il avait du passer son après midi à fumer cette saloperie de shit! Mais j'étais "l'hôpital qui se fout de la charité!". Ma mère était allongée sur son lit, incapable de faire autre chose que regarder la télé. C'était la misère, pas la misère financière, mais la misère morale. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé ce jour là mais ce fut un jour salutaire. J'ai pensé à ma fille de 9 ans qui allait renter de l'école et qui allait assister à ce spectacle. J'ai pensé à ma famille en état de perdition! Les rennes que je n'arrivais plus à tenir! J'ai pensé aussi à ce garçon que j'avais rencontré quelques semaines plus tôt et qui allait lui aussi me laisser tomber à cause de mon alcoolisme. J'ai pensé à cette colère et cette violence que j'avais au fond de moi, et que je reportais sur mes enfants. J'ai aussi pensé que pour pouvoir aider mes enfants, qui n'avaient plus que moi pour le faire, pour remettre de l'ordre dans cette maison, il fallait que je pense à moi, que je commence par moi! Ce fut le déclic, non, pas le, mais un des déclics.
C'est le lendemain aux aurores, que je me suis décidée à en parler à mon médecin. Je lui suis d'une très grande reconnaissance autant pour son professionnalisme que pour son humilité. J'ai eu l'impression qu'il m'attendait. Il ne fut pas étonné, il a ouvert le tiroir de son bureau pour en sortir divers prospectus et dossiers de quelques centres de cure de désintoxication de la région. Il ne les a pas cherchés ces documents, ils étaient là qui m'attendaient! C'est du moins ce que j'ai ressenti. C'était déjà un soulagement de penser que peut-être on pouvait s'en sortir! Peut-être qu'un jour…
Mon combat fut de faire les papiers, demander une place en vue de me soigner, mais aussi d'organiser mon départ du foyer. Il me fallait placer ma mère, et mes enfants. Ce ne fut pas chose facile. Il m'a fallut négocier avec mon ex mari pour qu'il prenne les enfants, dans des conditions précaires, loin de l'école, etc.… J'ai placé ma mère dans une maison de retraite provisoirement, le temps de ma cure.
Le combat a continué lorsque je me suis retrouvé enfermée dans ce centre. Plus de téléphone, peu de nouvelles de mes enfants, je n'avais pas toutes mes affaires, et je n'étais pas très organisée. Il me manquait des baskettes. Au fond, j'avais même peur de ne pas pouvoir rester dans ce centre pour des raisons très personnelles de santé qui me persécutaient. Et puis, il y avait l'anniversaire de ma petite en février, et puis il y avait mon boulot qui se passait de moi, et puis, et puis…!
Et puis, 4 semaines sont passées, et j'étais comme dans une bulle de savon. Glissante et protectrice à la fois! Enfin, je constatais que je n'avais plus besoin d'alcool pour vivre bien! Enfin cette saloperie d'alcool quittait ma vie et enfin je savais pourquoi ma vie avait lamentablement dérapée, un jour sans que je comprenne pourquoi! Mais aussi, je savais que même cet équilibre retrouvé, je restais d'une grande fragilité face à ce maudit alcool. Je ne voulais plus revivre cet enfer qui m'a bouffé une partie de mon existence. Un nouveau combat était alors évident sur ce nouveau chemin, tenir bon!
Tenir bon, oui! Mais alors comment? J'avais perdu trop de temps à boire pour démontrer à la terre entière que j'avais des valeurs! J'avais des combats à mener à bout! Ma famille à reconstruire, et avec mon fiston ça ne s'arrangeait pas! Il fumait de plus en plus. Il était en échec scolaire. Il allait au collège, et discrètement s'échappait par les toits. Il virait du mauvais coté de la barrière. Il m'a même fallu envisager un placement par l'intermédiaire de la DDAS pour redresser la barre. J'ai fait face! Il me fallait aussi retrouver un logement pour y vivre avec l'aide mon compagnon, car il n'était plus question de vivre à nouveau avec ma mère. Il fallait la placer dans une bonne maison de façon définitive cette fois. Il y avait mon travail aussi. J'avais eu de la chance de le garder, mais ce n'était pas un boulot parfait. Je me suis lancée dans le syndicalisme ce qui m'a pris beaucoup de temps.
J'ai passé les plus durs moments d'abstinence plongée dans mes combats! Les autres combats!
J'ai aussi fait appel à l'association dès ma sortie de cure. Il est impératif de mettre toutes les chances de son coté, et j'ai trouvé dans l'Assoc, un dialogue avec des gens qui connaissait les mêmes difficultés que moi. Tout ce qui tourne autour de l'alcool, dont nous sommes définitivement privés! Je leurs dois à tous un grand merci! Ils sont ma seconde famille à présent.
Bientôt 14 ans que j'ai fait ma cure, mais je reste sur mes gardes! Ma vie a trouvé un cours normal, et bien que ma mère soit décédée à présent, j'ai pu me racheter de mes conneries envers elle. J'ai pu lui dire combien je l'aime avant qu'elle parte. Mes enfants sont tout près de moi, et il ne se passe pas une semaine sans que j'ai de leurs nouvelles. Mon compagnon est toujours à mes cotés. J'ai aujourd'hui un bon travail et j'ai une vie très bien établie. Je peux, à mon tour, aider les personnes qui en ont besoin, au travers de l'association. Je vais être grand-mère vers la fin de l'année, et c'est encore un grand bonheur que j'aurai pu gaspiller en continuant l'alcool!

                                      Annie.B

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Published by SANSAS - dans Témoignage
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