Permanence du mercredi 02 Juillet 2008
Publié le 28 Juin 2008
Sujet Thèmes du jour :
"L'importance des mots"
Compte rendu :
Tout d'abord nous accueillons Robert qui nous vient de Hollande avec un problème d'alcool, il a des difficultés à s'exprimer mais nous le sentons perdu pour faire des soins. Il veut d'abord nous connaître avant d'aller plus loin.
Puis nous abordons le sujet du jour où tout de suite sont évoqués les mots qui font mal : Ivrogne, soulot, alcoolique, soulard, pochtron, pochard. Brouhaha où tout le monde s'insurge sur ces termes qui ne veulent que blesser. Il y a beaucoup d'hypocrisie dans ceux qui les utilisent.
Pour les malades alcooliques il faut parler vrai.
Les personnes nient la souffrance des malades (exemple de Léotard)
En supprimant la notion de malade alcoolique et en la remplaçant par alcoolo - dépendance les médecins nient la maladie et reviennent à la notion de tare et de vice.
Claude cite VSA ou il est dit :
On ne dit plus balayeur mais technicien de surface
On ne dit plus aveugle mais déficient visuel
On n'est plus sourd mais malentendant
Aurions nous peur de parler vrai. C'est l'impression que nous ressentons quand on n'évite d'utiliser les mots vrais. Dans les MaB, nous parlons vrais.
Jean a fait une cure aux Bruyères puis à la Membrole (près de Tour), il a rechuté immédiatement mais a continué de venir aux réunions même alcoolisé (il pensait que ça ne se voyait pas) puis il a eu un accident, seul, de scooter, en se réveillant à l'hôpital le médecin lui a dit « vous saviez que vous aviez 2 gr d'alcool dans le sang » il lui a répondu « oui, mais vous ne le dites à personne » du coup il s'est arrêté, cela fait 8 ans déjà. Comme il dit, il a entendu le mot qu'il lui fallait. Cette simple phrase l'a mis face au mur et a provoqué ce déclic salutaire.
Les mots SANSAS, Vie Libre, alcoolique anonyme ou autres MaB, ces mots n'ont pas d'importance car ce sont les personnes qui sont dans ces structures qui peuvent tout entendre et tout comprendre du malade.
Il est peu évident de pousser la porte de ces mouvements parce que l'on ne sait pas ce qu'il y a derrière et s'il n'y aura pas de jugement.
« J'avais peur de dire que je suis alcoolique » car peur d'être jugé et pas compris, c'est le contraire qui s'est passé.
Robert nous dit qu'en Hollande, il y a plus de clinique que de café soit clinique de soins soit clinique psychiatrique. Il y a beaucoup de tolérance envers les alcooliques en Hollande, mais les gens jugent, mais il sait qu'il y a des alcooliques dans tous les milieux. Les soins sont remboursés comme en France avec l'équivalent de la carte Vitale.
Les médecins ont peur des mots et peur de parler d'alcoolisme. Claude en arrivant à l'usine de Fos a été obligé de passer des visites médicales annuelles : en 73, il buvait une canette de bière, en 74, il ne buvait plus rien, en 75, il buvait un quart de vin à midi et un quart de vin le soir, en 76...., en 77 .... En 80.... Il a prévenu qu'il avait fait une cure de désintoxication. Bien. Bien. L'année suivante s'était-il remis à boire ?, réponse non (bon équilibre, langue non chargée etc.. Alors le médecin lui a dit que depuis 1973 il mettait dans la marge : éthylique. Pourtant il avait la responsabilité de me permettre d'aller en bout de flèche des grues à soixante mètres du sol. Il n'osait même pas utilisé le mot de maladie alcoolique. Quand je lui ai proposé de faire de la prévention ou d'aider des personnes malades, il a été interloqué : « quoi, vous oseriez dire devant des gens qui peuvent vous reconnaître que vous étiez alcoolique ? ». Comment voulez vous faire de la prévention avec des engins pareils.
Abdel n'était jamais vexé quand on le traitait, d'alcoolo, de poivrot, d'alcoolique, mais si par hasard quelqu'un le traitait de « Squiri = alcoolique ou ivrogne en arabe » alors cela le faisait sortir de ses gongs car en arabe c'est une insulte, la bagarre. C'était une injure à Allah, sa culture en prenait un coup, sa religion (qui interdit l'alcool) était bafouée. Mais en Français ça n'avait pas d'importance, il n'était pas choqué. Mais il dit que si on se cache pour boire c'est pour que les autres ne vous voient pas, ne vous jugent pas et ne vous traitent pas d'alcoolique.
L'insulte par les mots est très dure à supporter, il est interdit d'être alcoolique mais l'alcool se trouve partout même au Maroc.
En provençal il y a un mot qui désigne le buveur c'est « Tchoucatoun », ce n'est pas une insulte, c'est quelqu'un qui ne peut pas se déplacer sans sa bouteille dans sa besace..
M. a été traité d'ivrogne, de sac à vin et ses neveux et nièces ont plutôt été dans le cas de prendre sa défense et de faire de la prévention en limitant les risques tandis que le reste de sa famille lui défendait de boire, mais de toute façon elle se cachait et avait un alcoolisme solitaire.
Dans sa famille, il y avait refus de parler de personne sensés être des gens bien, mais il y avait des alcooliques et ça ne se disait pas : après un décès c'était toujours « crise cardiaque.
Nous évoquons plusieurs fois les témoignages de VSA, ce qui fédère tout le monde c'est le choix des mots en fonction des lieux et des interlocuteurs.
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