Permanence du mercredi 23 Avril 2008
Publié le 19 Avril 2008
"Relations avec le corps médical et paramédical."
Compte rendu :
Nous accueillons avec plaisir aujourd'hui Mélody, rédactrice du mensuel «Fem'infos» qui paraît sur les Alpes Maritimes et le Var. Elle doit préparer certainement un article sur l'alcoolisme et a participée activement à cette réunion..
Pour qu'elle nous connaisse nous faisons un rapide tour de table et Pierre nous présente son sevrage à l'Archet II, son déclic se passe à l'entrée du service « GASTRO... ENTERO... ALCOOLO... », Lui qui malgré ses quatre litres de vins ingurgités par jour ne se savait pas alcoolique. Après 5 jours le médecin l'a fait marcher dans le couloir, il a marché droit. Il lui a demandé également si les numéros des chambres étaient en progression ou régression, il lui a bien répondu alors le médecin lui a dit : « Alcool zéro » et depuis c'est alcool zéro depuis quatre ans.
Le médecin généraliste de Claude ter s'était aperçu de sa maladie mais il ne lui a rien dit : Claude était sportif, il partait dans le cirage après la cuite de la veille, se réveillait et cuvait pendant la marche d'approche et escaladait toute la journée et revenait vite à Nice pour étancher sa soif. Le médecin généraliste finalement ne sachant pas trop quoi faire l'a envoyé d'abord chez un psychiatre qui n'avait d'autre solution que les psychotropes, le généraliste l'a alors dirigé vers le CCAA où enfin il a rencontré compréhension et encouragement, un sevrage à l'hôpital de huit jours, six mois d'abstinence et rechute et finalement c'est la cure en milieu spécialisé, le Calme à Cabris, qui lui a permis de retrouver la sérénité même si durant son passage en milieu spécialisé, il a eu des problèmes relationnels avec son groupe.
C'est le médecin généraliste qui pose problème, il n'arrive pas ou ne sait pas ou ne veut pas prendre conscience de la maladie alcoolique. Il en connaît, à sa décharge que les conséquences de l'alcoolisme chronique qui lui ont été enseignées à la Fac de médecine.
Christian pense que le clientélisme y est pourtant pour quelque chose, car chaque fois qu'un médecin lui a dit qu'il avait un problème avec l'alcool il changeait de médecin. En plus il pense que l'alcoolisme n'est pas une maladie valorisante pour le médecin, il lui faut du temps, beaucoup de temps pour un avenir plutôt aléatoire. Il faudrait que le médecin généraliste passe deux consultations par alcoolo, alors sa salle d'attente deviendrait un enfer. Il voit en moyenne, au moins 3 patients par jour qui sont alcoolo dépendants mais il n'en détecte aucun.
Catherine nous dit que c'est son médecin généraliste qui l'a envoyée au centre spécialisé des Bruyères à Grasse, mais ce n'est pas sur son initiative mais c'est elle qui lui a dit qu'elle avait des problèmes avec l'alcool, le médecin n'osait pas lui en parler. C'est une amie qui lui avait dit qu'il fallait qu'elle fasse quelque chose parce qu'elle l'avait trouvée ivre morte. Mais contrainte et forcée, la rechute est vite venue. Sa fille ayant quittée la maison à ses dix huit ans, elle a commencé à comprendre que si elle ne faisait rien, elle perdrait ses deux autres filles et son mari. Elle est allée voir son psychiatre qui lui a proposé des jeux de rôle à l'hôpital Pasteur. Cela a duré 18 mois en hôpital de jour, elle a fréquenté l'assos durant cette période.
On sent très bien que les relations avec le corps médical sont très contradictoires : quand le médecin est un alcoologue avéré, il n'y a que des satisfactions, quand c'est un médecin qui ne connaît pas les addictions, le duel est à fleurets mouchetés, et il y a beaucoup d'incompréhension.
Je profite d'insérer le message de Christine qui bien que n'étant pas là a voulu nous faire savoir son point de vue : « médical ou paramédical ? Qu'elle est la véritable solution ? Je suis triste de ne pas être avec vous ce soir.
Cependant je pense que l'important est de trouver la bonne solution pour soi-même et comprendre son propre problème. Très difficile. Le mal est en nous et le mal fait très mal. C'est difficile d'abord de ce rendre compte et après de demander de l'aide, à un médecin. (Il y a beaucoup de médecins "traitant" qui ne savent pas ce qu'est une addiction) Alors je crois que nous avons, comme toute personne avec une addiction, un besoin médical.. Sans pour cela remplacer une alcoolisation avec des médocs ou autre. Mais il me semble parfois indispensable d'être vrai avec nous même. Même si c'est dur. Une psychothérapie, ou un autre choix, qu'importe. Trouver le moyen de s'en sortir est le but. Cependant nous sommes des entités, des identités, des êtres, uniques, et il existe des médecins et psychologues qui peuvent nous aider. Et aussi et surtout des assos "sansationelle" avec qui surtout, rien n'est tabou, tout le monde est accueilli tels que nous sommes. Merci à vous. »
René Gabriel nous dit que le généraliste a mis très longtemps à aborder le sujet de l'alcool avec lui, et ce n'est pas lui qui l'a envoyé en cure. Il se trouve toujours très bien dans les structures hospitalières, mais il a senti des psychologues très culpabilisateurs tant au Calme qu'au CCAA. Sa réaction a été très négative. Quant à son hospitalisation à la clinique psychiatrique de St François, il a eu des problèmes aussi avec le psychiatre parce que se sentant très bien, faisant plus d'activité qui ne lui était demandé, il a voulu donner un coup de main aux autres et les Psychiatre l'a repris en lui intimant l'ordre de ne plus s'occuper des autres mais de lui-même, ce que René Gabriel n'a pas supporté, il a bu un week-end sans que cela ne soit visible alors il a chargé la mule pour se faire éjecté de l'hôpital la semaine suivante. Depuis, il n'arrive plus à retrouver un équilibre car il est très dépressif et comme il dit, il est bipolaire c'est à dire maniaco-dépressif.
Son souhait actuel est d'aller en hôpital de jour pour essayer de régler ce problème alcool, mais on lui demande d'être abstinent avant d'entreprendre cette démarche. C'est le serpent qui se mord la queue. Ah ! ces médecins qui ne comprennent rien font beaucoup souffrir ceux qui sont déjà dans la souffrance. Il va tenter d'aller au CCAA pour devenir abstinent.
Quant à Jean Jacques, il a toujours vécu des situations conflictuelles avec les médecins généralistes, mais du moment qu'ils lui prescrivaient l'Espéral, cela lui suffisait. Il n'avait pas trouvé durant 30 ans un médecin digne de ce nom qui pouvait l'aider, seul le Calme lui a donné la solution : « ce n'est pas l'alcool qu'il faut supprimer, mais retrouver une nouvelle vie où l'on est heureux et cela passe par l'abstention d'un produit que l'on appelle ALCOOL. » Il n'arrivait pas à parler d'alcool avec son généraliste. Il ne pouvait pas en parler car il se heurtait à un mur d'incompréhension, il voulait l'Espéral mais 99% des médecins lui fournissaient avec dédain. Trop de rechute, malades inintéressants. Le généraliste a toujours cette fausse idée que l'alcoolique doit arriver à s'arrêter de lui même avec de la volonté, que s'il est malade c'est bien de sa faute, et en plus ils n'ont pas le temps de se former car ils travaillent trop pour gagner plus.
Claude bis a eu une mésaventure avec un médecin qui pourtant le connaissait bien en temps qu'ancien malade, il lui a fait une injection, pour soigner son dos, avec 80% d'alcool. Claude a eu, après trois ans d'abstinence, des tremblements des suées, du mal être important, des envies de reboire et il a compris en lisant la notice du produit. Depuis, il épluche les ordonnances du médecin afin de ne pas se faire piéger. Mélody pose plusieurs questions sur ces micro doses et elle n'en croie pas ses oreilles et pourtant que de rechutes avec ces micros doses.
Claude parle de son expérience vis à vis des laboratoires qui n'ont pas de produits substitutifs à l'alcool pour les prises de sang, alors il va avec sa topette de Béthadine.
Melody nous demande quelle prise en charge aux urgences (surtout chez les jeunes et les moins jeunes). Il n'y a pas de prise en charge, un alcoolique qui arrive avec les pompiers est mis à l'isolement pour dégriser et le lendemain est remis dehors sans avoir vu personne, pourtant c'est le lendemain quand le malade est à jeun qu'il y a une possibilité de dialogue, mais le service est toujours surchargé.
Conclusion : le malade alcoolique est très mal perçu chez le médecin généraliste et il doit lui même chercher la solution la plus adéquate pour se soigner. Heureusement des AS sont au courant et peuvent diriger vers des structures adapter. Mais combien vont voir des AS ?
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