Permanence du mercredi 28 Mai 2008
Publié le 24 Mai 2008
Sujet Thèmes du jour :
"Quel comportement avez vous devant une personne alcoolisée???"
(à la permanence ou ailleurs)

Compte rendu :
Nous entamons notre discussion sur le comportement de Karim qui est venu la semaine dernière. Le premier problème d'après Gilles qui a connu la toxicomanie est qu'il doit d'abord arrêter sa consommation de méthadone pour se sortir de l'alcool, surtout qu'il y a de l'alcool dans ce produit. Quand nous parlons de « l'autorisation du psycho de boire une bière par jour », chacun pense que ce n'est pas possible, nous avons du mal à admettre que ce chemin est, actuellement, la meilleure manière pour se stabiliser avant d'envisager une abstinence totale. Au Canada, ce système est testé avec plus ou moins de réussite, plutôt moins que plus mais ce n'est qu'un début. Cédrick soulève alors le fait de la dépendance ou non à l'alcool.
Puis nous passons au thème du jour qui est difficile a mener parce que chacun a une interprétation personnelle de la personne alcoolisée, ivre à tomber, ivre n'allant pas droit, ivre mais conscient, alcoolisé mais réfléchissant et sachant dans quel état il est.
Cédrick dès le début nous dit que lui fuit le malade qui ne peut comprendre ce qui se dit car il est trop alcoolisé : par exemple, il y a deux mois Serge est venu à la permanence alcoolisée, Cédrick a compris immédiatement que rien ne pourrait sortir de notre discussion et dès que nous avons parlé avec Serge, il a prétexté une course et est parti, il est vrai que c'était presque la fin de la réunion. Quand il apprend aujourd'hui le scandale que Serge a engendré parce qu'il ne pouvait admettre qu'il était dans la galère depuis vingt ans et que ce n'est pas nous qui allions lui apprendre à boire, Cédrick se dit qu'il a bien fait de partir parce qu'il aurait mal vécu ce comportement tout comme Gilles qui était prêt pour rentrer en cure a eu du mal a supporter ce comportement.
Mais il nous dit que s'il peut aider, il reste avec nous.
A.M. nous confirme que pour elle quand il y a agressivité, il n'y a pas de possibilité de discuter. Mais tout dépend des circonstances.
Nous rappelons l'histoire de Christian qui ne pouvait supporter, durant la permanence de personnes alcoolisées, finalement, il est resté un Ami, mais il n'est plus revenu à la permanence de peur de rencontrer d'autres malades alcoolisés. C'est l'effet miroir qui a joué pour lui, il nous a dit un jour : « tu vois, j'aurais pu devenir comme lui ...clochard dans la rue », il est vrai qu'à l'époque nous avons eu plusieurs cas de personnes très alcoolisées, Micka, Michel, Fabienne...
Pierre nous dit que cela le dérange d'avoir des contacts avec des malades alcooliques à l'extérieur, il a l'impression que dès qu'une personne alcoolisé a besoin de quelqu'un dans la rue, c'est toujours vers lui qu'il se tourne et pourtant ce ne doit être qu'une impression qui lui reste accroché à la peau.
Claude ter avait un copain de montagne au moment où ils buvaient ensemble, il reste encore en lien avec lui, mais les relations ne sont plus franches car quand il boit un verre d'orange, l'autre boit trois bières, le contact n'est plus le même parce qu'ils n'ont plus le même niveau psychologique. Il sent qu'il ne fait plus parti de son monde. Cet ami lui a dit un jour que maintenant il avait une vie saine et Claude craignait beaucoup son contact à sa sortie de cure. Maintenant, ce qu'il n'avait pas remarqué plus tôt, il s'aperçoit de la consommation excessive de bon nombre de ses amis de montagne.
Cédrick nous reparle de son père, il nous dit que durant les premiers verres il ne voit pas de changement dans son comportement et d'un seul coup, un verre de whisky et son comportement change
Christian est devenu totalement intolérant vis a vis de la personne qui consomme trop, cet effet miroir fait également son effet sur lui. Il se pose la question : « pourquoi, moi qui était un alcoolo invétéré, j'ai réussi à prendre conscience et à me soigne et je ne comprends pas qu'eux ne fassent pas comme moi ».
Jacqueline qui vient à la réunion régulièrement, n'a pas de problèmes avec l'alcool, la promiscuité la dérange mais elle est pleine de compassion pour le malade alcoolique ; Elle se pose la question de savoir pourquoi il ou elle en est arrivé là.
Gilles essaye d'expliquer à Jacqueline qu'elle ne peut pas avoir le même ressenti que celui qui a été malade. Lui peut arriver à se mettre à la place de celui qui est alcoolisé parce qu'il a été très loin dans son alcoolisation, il peut arriver à s'identifier à lui ce que ne peut faire Jacqueline, ce qu'elle admet volontiers.
A.M. a du mal a pouvoir regarder un alcoolique et elle nous fait un témoignage très émouvant, de son passé de jeune fille. Avec une Amie, elle a retrouvé son père, ivre mort sur le trottoir et elle n'a pas pu le dire à son Amie, par honte, par pudeur. Ce comportement d'alors est encore très vif et cette angoisse qui est apparu nous a laissé avec beaucoup de compassion pour elle, puis on père est décédé quelques temps plus tard après avoir bu une bouteille d'alcool à brûler. Elle doit rentrer en cure dans quinze jours et nous lui conseillons de parler de cet épisode de sa vie qu'elle n'a pas réussie à extraire de son cerveau. Nous ne sommes pas un groupe de thérapeute mais il est sûr que psychologiquement ce fait l'a extrêmement troublée. Elle culpabilise énormément car elle est restée dans le jugement et qu'elle ne comprend pas qu'elle n'ait pu pardonner.
Abdel était là aujourd'hui, nous craignons pour son intégrité physique, car nous l'avons vu dans un état, peu alcoolisé, mais délabrement physique important. Il a le visage bouffi par l'alcool, son discours ne change pas depuis 10 ans que nous le connaissons,il ne veut rien faire alors que nos encouragements sont insistants, mais nous ne pouvons malheureusement pas faire POUR lui, il DOIT faire, il ne veut pas ni ne peut. Abdel nous dit que devant quelqu'un d'alcoolisé, il ferait tout pour atténuer sa douleur. On sait que Abdel, sans alcool, a un cœur d'or.
Jean Jacques a de la peine et beaucoup de compassion pour les personnes alcoolisées. Quand il regarde dans un bar, il voit que tous les alcoolos se ressemblent, même comportement , même dégaine, même position au comptoir et il se dit que lui même était comme eux et il voudrait bien leur crier « mais, voyez moi, j'étais comme vous il y a quelques années. Regardez la différence ».
Le changement est important quand on arrête l'alcool, il est prêt à aider qui que ce soit pour qu'il sorte de l'alcool, il est vraiment dans l'aide des autres. Gilles ne dira pas le contraire.
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