Permanence du mercredi 11 Juin 2008

Publié le 7 Juin 2008

Sujet  Thèmes du jour :
Comment vivez vous maintenent
 par rapport au temps de votre dépendance...???

Heureux
comme un poisson dans l’eau
ou
un scaphandrier sans air ?

Compte rendu :
Nous saluons d'abord la présence d'Héloïse, élève psycho, qui vient dans notre groupe pour la première fois car elle s'intéresse actuellement à l'alcoolisme qui pourrait être un sujet pour sa thèse à la fin de sa maîtrise.
Nous faisons une rapide présentation des personnes présentes afin qu'elle puisse se faire une idée du public que nous accueillons et qui assiste à ces réunions.
Claude explique, un peu longuement son parcours où petit à petit l'emprise de l'alcool est devenu de plus en plus prenant, tant dans sa vie privée que professionnelle. Son alcoolisation a été jouissive dès ses premiers contacts mais rapidement il est devenu une nécessité. Les groupes côtoyés étaient toujours ceux où l'alcool coulait à flot, dégradation rapide de la relation familiale qui se termine par un divorce, dégradation au travail où son patron lui laisse le choix implicite : l'alcool ou la porte. Il choisi, pour ne pas être licencié, de changer de patron, pour l'alcool il n'était pas question d'arrêter. Changement de lieu (Martigues au lieu de Paris, changement de travail, changement de compagne, changement d'amis !! tout aurait dû contribuer à l'arrêt de l'alcool mais la souffrance il l'a emporté avec lui. Huit ans de galère encore.
A l'arrêt de l'alcool, la première réaction fut la peur de la rechute alors il s'est enfermé chez lui pour faire cette fameuse maquette que tous les adhérents connaissent dans leur pensée, puis renaissance : sport, aide sociale, aide des autres à travers l'associatif, résurrection Claude est devenu un autre homme, peut être moins rigolard mais plus sympa pour les autres. Il a pu reprendre des responsabilités en plus des responsabilités au travail.
A Paris Cedrick vivait mal dans l'alcool, il fuyait les réalités, il a cherché pour se soigner mais n'a pas trouvé de structures adéquates pour l'aider, il fuit donc sa famille pour pouvoir prendre SA décision, celle qui lui appartient, le plus dur pour lui n'a pas été d'arrêter mais surtout de ne pas reprendre, A Paris il n'a pas pu interpréter leur aide. A Nice par contre sa rencontre avec le CCAA lui a permit de construire un projet avec une cure à Cabris en fin de parcours au bout de deux mois et demi.
Maintenant il vit bien, il s'est reconstruit, retravaille, a trouvé une compagne mais par rapport à son alcoolisation il lui manque ce point de gaieté qu'il déployait sous emprise alcoolique. Il admet que c'est une renaissance, il s'est reconstruit mais il a un manque de confiance en lui et il est toujours à la recherche d'une réponse. L'après alcool n'est pas idyllique, ce n'est pas parfait. Il s'y résigne mais en vouloir plus est un objectif normal de tout être humain.
Pierre trouve que c'est logique, dans l'alcool on veut toujours plus d'alcool à l'arrêt on veut toujours plus comme on le faisait dans l'alcool mais pour d'autres raisons.
Jean pense que quand on sort de l'alcool, on tombe dans la nouveauté, car dans l'alcool on est irresponsable car l'alcool masque la réalité, après la curiosité intellectuelle prend le dessus par rapport à la représentation de la réalité sous emprise alcoolique.
Gilles s'est souvent pris pour un déchet pendant son alcoolisation, tu te rends compte que tu fais mal mais tu ne peux faire autrement, tu sais que tu fais mal aux autres, parents, amis, enfants. Après mon accident, je me retrouve à Gorbio, loin de tout alcool, je suis hors alcool mais pas heureux. Depuis très longtemps j'avais en main tous les éléments pour me soigner mais je pensais que je pourrais le faire seul et maintenant c'est un bon résultat, après la rechute (parce que je me suis retrouvé avec de l'argent, j'ai rechuté).
Il avait passé des séjours plus ou moins long dans des établissements psychiatriques qui ne lui ont rien apporté quoiqu'après St Luc il soit resté 2 ans et ½ abstinent et ne comprend pas pourquoi. St François, hôpital psy, après St Christophe il est quand même resté 3 heures abstinent, un exploit dit-il.
La thérapie de groupe au CALME est vraiment le moyen qui lui a permit de se retrouver, il se trouve dans une dynamique positive, se reconstruit en faisant des tas de projets : peinture, musique, informatique, il espère pouvoir retravailler quelques heures pour améliorer l'ordinaire et pouvoir reprendre son indépendance. Jean Jacques l'avait travaillé en douceur au corps pour qu'il fasse quelque chose pour s'en sortir, il pensait qu'il faudrait qu'il ait un pépin pour prendre conscience. Son hospitalisation à Gorbio à fait le reste. Il a suivi ses conseils et maintenant en est très heureux. Il a mis le temps mais, il lui fallait ce temps pour que la cure soit une réussite.
James a été abstinent pendant 3 ans ½ après sa première cure à Illiers Combray, là ils vous réapprennent à vivre en égoïste, il avait réussi à se reconstruire. Un moment de faiblesse, dit-il, et c'est la déception, la reprise des verres, le divorce, la prison... Pour l'instant les projets sont faibles car il est encore dans l'alcool, il espère refaire du sport car il était de niveau élevé. « Je me suis auto mutilé avec l'alcool alors à moi de choisir. J'en ai marre d'en avoir marre, j'ai envie de renaître, trouver un appartement. Mais chaque chose en son temps », il aime dessiner et veut reprendre le dessein (encore un artiste à SANSAS). L'essentiel en ce moment c'est la bouteille, il faut qu'il en fasse son deuil. IL se sent seul à Nice mais toute sa famille lui a tourné le dos et habite dans les environs. Son but retrouver du lien.
A.M. Elle part en cure d'ici 5 jours et nous parle de son mal-être.
Tout ce que fait François est bien
Tout ce que je fais est mal
Il n'a que des qualités, moi je n'ai que des défauts. Elle n'a pas peur de lui, mais il est violent et finalement il sait qu'elle le craint. Ses réactions sont violentes. Il a été trop longtemps seul, il n'a pas eu l'habitude depuis longtemps de vivre avec quelqu'un, elle nous raconte ses relations avec humour : à la cuisine avec un saladier, dans la chambre avec la rainure du drap qui doit être comme ça et non comme ci. Elle va écrire les dix commandements de la salle de bain : gant de toilette ici, serviette pliée en quatre le revers par ici, la brosse à dent dans ce sens et le verre à dent dans l'autre .... Quel humour. Pour la première fois elle parle devant lui en notre présence pour lui montrer ce qu'elle est, quelques minutes plus tard il quitte la salle sans mot dire.
Pierre ne s'est pas rendu compte de son basculement, toujours chaud, il croyait vivre la vie ordinaire. 28 ans d'un Amour merveilleux, elle a fait la relation entre l'alcool et lui mais il n'a pas vu ses enfants grandir, je vivais dans un monde à part avec mes 4 à 5 litres de vin par jour. C'était de l'inconscience, vis à vis des copains j'étais bien avec eux. Je me suis leurré, je me suis satisfait d'une vie familiale que, finalement, je croyais intéressante et je cherchais des excuses pour boire. Mes petits enfants, je les découvre maintenant parce que mes enfants ne voulaient pas qu'ils me voient dans l'état où j'étais. Je ne les connaissais pas trop obnubilé par la bouteille.
Après l'arrêt de l'alcool, les copains de bar m'ont appelé « coca light » mais c'était plutôt flatteur pour moi alors que pour eux c'était plutôt méchant, je m'y suis habitué et eux aussi.
J'ai repris le dessin, je m'amuse à croquer, je refais de la peinture. Ma vie a complètement été chamboulée pour le bien être de tous, moi d'abord, les enfants et les petits enfants.
J.J. nous ré explique toute sa période de 20 ans (première cure) à 50 ans (dernière cure), il a vivoté sans s'effondrer parce qu'il a fait plusieurs cures avec quelques arrêts de l'alcool durant quelques mois voire quelques années, il a essayé de maîtriser son alcoolisation avec l'Espéral pendant des années, il a perdu plusieurs femmes qu'il adorait mais qui ne pouvaient le comprendre et le supporter enfin quand il a compris après une psychothérapie de groupe d'où venait son mal être, sa tête s'est remise en place, il travaille plus qu'avant mais au moins il sait pourquoi et sa vie a été complètement chamboulée : un appartement est quand même mieux qu'une barquasse dans la baie de Villefranche avec Gilles comme voisin qui pouvait tomber à la baille à chaque embarquement. La vie est belle à être vécue maintenant.

Rédigé par SANSAS

Publié dans #Dépendance

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