Permanence du mercredi 08 Octobre 2008

Publié le 4 Octobre 2008

Sujet  Thèmes du jour :
"Comment vaincre ses émotions ?"

Compte rendu 
Nous recevons aujourd'hui avec plaisir Gérard que nous n'avions pas vu depuis deux ans. L'alcool c'est fini et le cancer qui le minait a bien été soigné. Il vient se montrer parce qu'il est fier de lui. Il a des restes de rêves qui lui sont parfois pénibles, mais ce n'est plus un problème, de toute façon il a retrouvé le goût des aliments, il s'est réglé sa petite ou grande vie de retraité.
Sophie nous rappelle qu'elle ne se rappelle jamais de ses rêves, même si elle sait qu'elle rêve certainement.
Laurent revient nous voir après avoir passé un mois en centre de cure, nous l'encourageons à faire une post cure, nous lui en présentons plusieurs mais il faut qu'il revoie Olivier qui va s'en occuper. Plusieurs propositions, Château du Boy, Val Pyrène, Le Mont Blanc à Assy.
Par contre peu de nouvelles de Gilou après sa rechute, il faudrait le prendre par la main pour faire toutes les démarches pour rencontrer médecins et psychologues, mais il est nécessaire maintenant qu'il se prenne en main sinon il ira de désagrément en désagréments.
Puis nous discutons sur les émotions, dès le début nous nous apercevons que le sujet est mal posé, il ne faut pas vaincre ses émotions mais plutôt les gérer.
Claude raconte l'histoire d'un ami qui, lors d'un congrès associatif devait prendre la parole, il a fait la démarche mais avait de la difficulté extrême à lire le texte qu'il avait préparé. Quelques années plus tard, après avoir travaillé avec l'association, il était capable de prendre la parole, sans préparation, il avait réussi à museler cette timidité maladive du malade alcoolique. Il a réussi en quelques années à reprendre confiance en lui, il était très fier d'avoir pu maitriser ses angoisses devant les autres.
Gérard, pourtant enseignant, nous dit qu'après l'arrêt de l'alcool, il est nécessaire de faire un travail sur soi, il faut se concentrer sur soi-même. Il est très émotif et il se cache pour pleurer parce que cela le gène de montrer ses émotions. Maintenant il pense qu'il faut laisser libre court à ses émotions, car nous sommes tous d'accord pour dire que nous fuyons nos émotions pour ne pas les exprimer.
J.J., Claude, Gérard, Claude ter trouvent qu'ils sont trop émotifs et dans des situations (films en particulier), ils pleurent et essayent pourtant de ne pas le faire mais en sont incapables. J.J. nous dit qu'il fuit toutes les situations où il ne pourrait gérer ses émotions, il préfère les éviter plutôt que d'y faire front. Dans la discussion nous nous apercevons que finalement, dans notre groupe, ce sont surtout les hommes qui sont les plus ultra sensibles et qui fuient devant ces fortes émotions.
Il semblerait, toujours dans notre groupe, que les femmes aiment être émues mais savent très facilement gérer ces émotions.
Tout le monde est sensible et J.J. est indisposé dès que ces émotions l'envahissent
Cédrick, qui avant la cure, était aussi ultra sensible, réussi maintenant à se maitriser. Nous avons aussi notre culture qui nous saute à la figure, pour tous les hommes présents, ils ont entendu durant très longtemps : « un homme ne pleure pas, il sait et doit se maitriser » (dixit les parents) et ceci reste dans le conscient et le subconscient.
Claude raconte, l'anniversaire des cent ans de son père, il y a quelques jours : les petits enfants et arrières petits enfants avaient préparés une chanson sur l'air de pirouette cacahouète, avec tout un tas d'évocations de petits évènements qui s'étaient passés dans leurs rencontres avec le grand père et l'arrière grand père. Mon père a alors pris la parole pour les remercier, mais pour ses cent ans, c'est la première fois de sa vie que j'ai vu son père ému aux larmes. Il lui a fallu attendre cent ans pour pouvoir exprimer et montrer qu'il pouvait avoir des émotions et les exprimer avec quelques larmes et quelques sanglots, mais il s'est vite repris. « Un homme ne pleure pas ».
Attention, les trop fortes émotions peuvent entrainer un risque de rechute, c'est souvent l'émotion incontrôlable qui fait rechuter car nous sommes fragiles et mauvais gestionnaires de nos émotions.
J.J. quand il a dû sauter pour la première fois en parachute, a bu une fiole d'alcool servi par un gradé, car il n'aurait pas eu le courage de sauter s'il n'avait pas eu cet anesthésique pour ne pas avoir peur, et c'était le cas pour tout le contingent qui sautait en même temps que lui. Certains rappellent qu'à la guerre de 14-18 les troupiers étaient fortement alcoolisés pour pouvoir aller au combat.
Puis nous parlons de la maitrise de nos émotions car il y a de multiples façon de pouvoir gérer ses émotions : le souffle, la maitrise de sa respiration permet de faire passer les émotions, certains se rappellent qu'en bulle au centre de cure, le psycho, après avoir entendu un récit de quelqu'un, soufflait pour évacuer, sans doute, l'émotion accumulée.
Plusieurs ont utilisé le yoga pour pouvoir mieux se maitriser, d'autres le ki kong.
Quelques uns, qui ont été en cure au C.A.L.M.E., nous expliquent la SOMA (exercice psychosomatique) pour arriver à gérer leurs émotions et surtout apprendre à se détendre. Ils parlent souvent de la SOMA d'urgence et A.M. nous en fait une démonstration, car cette soma d'urgence permet de penser tout de suite à autre chose.
Il faut écouter sa respiration, faire de grandes respirations, la relaxation apprend à l'individu à décontracter chaque organe l'un après l'autre en le visionnant par la pensée. Ce n'est pas au début que cela marche mais il est nécessaire de persévérer pour arriver à ce ressenti.
Claude ter est un grand impulsif et il réagit toujours intérieurement. Au travail il a souvent envie de bondir, il applique une stratégie, il va voir son chef, pour que la réaction ne se fasse pas attendre et murir à l'intérieur, comme cela il ne garde pas la tension en lui mais l'expulse tout de suite. Il faut prendre du détachement des choses pour relativiser tout ce qui nous encombre l'esprit et que l'on rentre en soit.
Claude ter nous dit qu'il a rencontré Gilou, très alcoolisé, dans la rue, son émotion a été trop forte pour aller vers lui, il a préféré faire semblant de ne pas le voir. La surprise était trop grande et le temps trop court pour qu'il puisse gérer cette émotion qui l'a envahi. S'il n'avait pas été surpris, il est probable qu'il n'aurait pas agi de cette façon et serait allé lui dire bonjour.
Sophie lui dit qu'elle aurait fait comme lui dans une situation semblable.
Pour Gilou, trois mois après sa cure, c'était trop dur de rester éloigné, quelques mois, de tout contact avec le médical et l'association. Il a serré les dents pendant presque trois mois et une anicroche l'a renvoyé vers l'alcool. Mais il faut dire aussi que nous sommes maitres de nos choix mais une émotion forte peut amener à la rechute et nous sommes tous à la merci de ce genre de situation.
Les femmes ont joués bien des tours à J.J., même une demande en divorce à signer pendant qu'il était en cure de désintoxication, maintenant il a mis des gardes fous autour de lui : le médecin, l'association, l'environnement, le travail ....
Sophie est en train d'évoluer, les réflexions sur son traitement diminuent, elle cherche à éviter les affrontements. Elle sait qu'elle a changé et qu'elle ne peut pas faire changer les autres, elle s'en accommode, fait du sport (très bon pour la création d'endorphines), elle se défoule et vit SA vie. Elle ne se laisse plus envahir par ses émotions de colère et de mal être. Elle nous dit qu'elle a eu trop mal, elle ne trouvait pas la porte de sortie, avec le soutien de sa sœur Rachel, elle a l'impression de sortir d'un cauchemar et de renaître. Elle s'est forgé des outils pour maîtriser ses émotions.
Cédrick n'a plus envie de reboire, ce qui n'est pas le cas pour certains d'entre nous qui sont obligés d'être continuellement sur leur garde, nous les rassurons en leur disant que cela ne dure qu'un temps et qu'après on peut vivre dans la sérénité.
J.J. par exemple n'est pas à l'aise quand il se trouve dans une situation où il a vécu dans le plaisir avec l'alcool au milieu des autres et maintenant il se sent orphelin de l'alcool et semble ne pas se retrouver au même niveau de plaisir que les autres. Il sent qu'il ne peut plus vivre avec n'importe qui.
Après la sortie de cure, presque 50 % des couples se séparent, parce que leurs émotions ont changées et ne sont pas comprises par le conjoint ou la conjointe.
Il y a en France 162 femmes qui meurent suite à des violences conjugales, c'est généralement l'homme qui est violent et qui n'arrive pas à maitriser ses émotions car l'alcool le fait sortir de ses gongs, face au conflit l'alcool ne permet pas à l'homme (ou la femme) à se contrôler et à gérer son état.
Geneviève nous parle de son fils, malade alcoolique, qui ne sait pas dire non. Il a mis dehors sa compagne, mais elle est revenue par la fenêtre avec des poux et la gale. Elle ne sait pas que faire mais voudrait ne plus recevoir ce fils tant qu'il n'aura pas fait d'effort de propreté et de respect de sa mère. Mais elle est tiraillée entre son Amour de mère et le rejet, même partiel, de son fils. Nous sommes tous gagnés par son émotion mais ne pouvons lui donner de conseils, car elle doit rester maîtresse de ses choix.

Rédigé par SANSAS

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