Permanence du mercredi 22 Octobre 2008

Publié le 18 Octobre 2008

Sujet  Thèmes du jour :
"Violence et alcool"

(Le sujet prévu ne sera pas traité ce jour.)


"DISCUSSION SUR LES SOINS"

Compte rendu 
Bridget dès le début entend prendre la parole parce qu'elle veut parler de sa maladie et de ses deux garçons, du coup le sujet prévu, puisque celui-ci dure, ne sera pas traité aujourd'hui. Mais n'est-on pas là pour laisser s'exprimer les malades, leur mal être, leurs doutes ? Alors nous laissons couler notre sujet prévu qui sera vu une autre fois.
D'abord Bridget ne comprend pas beaucoup de chose, mais elle est hermétique à nos propos tout en pensant que nous avons raison.
Elle a vu un médecin alcoologue qui lui a prescrit des psychotropes pour se sevrer, au bout de deux jours elle se sentait vaseuse alors elle a arrêté les psychotropes car elle s'était arrêtée spontanément de consommer. Victoire pour elle : c'est facile, pense-t-elle ! Mais patatrac quelques jours plus tard, c'est la rechute et elle qui était si satisfaite s'en veut, ses garçons ne comprennent pas, lui en veulent, ne lui font plus confiance, lui font des remarques et elle souffre de cet état de fait.
J.J. qui a fait sa première cure à 22 ans (il a maintenant cinquante an passés) et qui, après plusieurs cures, pense qu'il n'aura pas besoin d'en faire de nouvelle parce qu'il a réussi à aller au fond de son problème par une psychothérapie, mais Bridget est allergique aux psychologues et aux psychiatres, aux médicaments, elle nous en veut, peut-être, d'avoir réussi à stopper l'alcool alors qu'elle s'en sent pas capable. Le seul lieu où elle peut parler c'est avec nous. C'est sympathique de sa part mais nous lui faisons bien comprendre que nous ne sommes pas des thérapeutes et que même si nous sommes un groupe, ce n'est pas une thérapie de groupe que nous faisons puisque nous n'avons pas de psychologue en tant que tel dans notre groupe.
J.J. lui explique qu'il faut d'abord qu'elle ait un désir intense de s'arrêter de boire et que la rechute n'est pas une catastrophe mais une étape vers la guérison.
Nous lui rappelons que les psychotropes qu'elle a pris au début de son sevrage, n'étaient pas prescrits pour s'arrêter de boire, mais pour soigner la dépression qui pointait en elle. L'alcool, que nous croyons être un euphorisant est un fait un dépresseur et ensuite on trouve toutes les excuses pour boire, alors cela devient le cercle infernal, nous pensons qu'il faut boire pour aller mieux mais la boisson nous plonge dans la détresse. Après une rechute tous les membres présents sont d'accord pour dire que la rechute est très rapide, quelques jours seulement.
Si on veut faire une cure on se prépare pour arriver motivé au centre de cure car il faut se bagarrer pour réussir.
Gérard en connaît le processus puisqu'il a fait deux cures en peu de temps, la première était mal préparée, il y allait pour se réconcilier avec les autres et non pour lui-même, mais il a compris à sa rechute que s'il ne le faisait pas pour lui-même ce serait un nouvel échec. Depuis deux ans, il est clean, heureux sans alcool et en plus en retraite. Que du bonheur.
Bridget se demande s'il n'y a pas des niveaux dans l'alcoolisme et qu'elle serait au niveau bas donc sans faire de cure pour s'arrêter. Claude lui explique qu'on est alcoolo-dépendant ou on ne l'est pas. Si la dépendance est présente, il y a peu de chance de s'en sortir sans une psychothérapie.
Martine a beaucoup de mal a s'imaginer qu'elle ne pourra jamais plus boire d'alcool, elle ne boit plus depuis quelques semaines, quand, quelques mois se seront passés sans alcool, elle se demandera comment cela se faisait qu'elle n'ait pas arrêtée depuis longtemps puisque c'est si facile de ne pas boire.
Claude bis nous dit qu'il a perdu un boulot où il gagnait très bien sa vie, sans faire d'efforts, deux clients le matin un l'après midi et le reste du temps à boire.
Gérard et Papy tremblaient au réveil mais ce n'est pas ce qui les a incités à faire une cure. Papy nous reparle de Gastro - Entero - ALCOOLO où il a compris qu'il était malade, mais après son sevrage il a été suivi par le CCAA de l'hôpital et continue à les voir tous les trois ou six mois.
Il répond à Bridget sur les enfants avec qui il n'a jamais pu communiquer sur son alcoolisme, il a fallu qu'ils aient 35 ans pour qu'enfin ils puissent parler ensemble. Les enfants s'étaient aperçu de sa tendance à trop boire et quand ils passaient sur l'autoroute, ils évitaient de sortir de l'autoroute à Nice Nord pour venir lui dire bonjour malgré la demande de ses petits enfants. Maintenant il héberge ses petits enfants qui font leurs études à Nice et plutôt que d'être pensionnaires ils sont heureux chez leur papy.
Bridget demande à Papy si ses enfants lui ont pardonné son désintérêt pour eux, du en grande partie à la position de son épouse. Non seulement ils ont pardonné mais il est très proches de ses enfants et petits enfants. Ses quarante ans d'alcoolisation sont totalement oubliés. Mais comme le dit papy, il avait besoin d'alcool dès le matin et cela pour pouvoir vivre, il ne voyait donc pas ses enfants vivre et grandir. C'est après son arrêt de l'alcool qu'il s'est aperçu que finalement, il ne les connaissait pas.
Martine nous demande des nouvelles de Sofia dont nous n'avons plus de nouvelles, nous n'arrivons pas à joindre sa sœur Rachel au téléphone. Nous sommes assez pessimistes, car elle est retournée chez son ami et sa belle famille n'accepte pas trop son alcoolisme et sont prêt à l'enfoncer s'il le faut. Il est certain qu'elle était euphorique de s'être arrêtée toute seule avec le soutien de sa sœur, mais l'euphorie n'est pas la guérison et à la moindre contrariété, l'on retourne vers son médicament qui nous a fait tant de bien. (En principe Sofia sera là mercredi prochain).
Martine nous dit aussi que l'arrêt de l'alcool ne se fait pas sur un coup de tête, elle était violente dans son comportement et dans ses paroles. Maintenant depuis l'arrêt de l'alcool elle se sent nettement mieux et sa violence a disparue. Elle pense que la violence verbale est encore plus dévastatrice que la violence physique.
Cédrick est persuadé qu'il faut faire une cure pour se sortir de l'alcool car il faut éloigner les contacts qui, même affectifs, nous étaient néfastes. Pour lui, il a même changé de région, de la région Parisienne il est venu dans le midi, il a mis deux mois avant d'entrer en cure en téléphonant tous les vendredis au centre de désintoxication pour prouver son désir profond de s'en sortir. Il a passé les fêtes de Noël et nouvel an au centre, mais il ne s'en plaint pas puisqu'il était dans la démarche de soin et que son désir était plus important que les fêtes de fin d'année.
En sortant de cure, il faut changer, dit-il. Il ne faut surtout pas garder ses habitudes d'antan, quand tu sors, tu es obligé de faire le tri de tes amis, s'il y a des sangsues qui s'accrochent à toi il faut t'en débarrasser. Il ne faut garder comme Ami que les plus forts et ceux qui peuvent t'aider.
Après les soins on est déstabilisé et plutôt faible, on est très vulnérable, et on se retrouve dans un monde hyper agressif alors que la cure nous a plutôt habitué à vivre dans une certaine sérénité pas en rapport au monde extérieur. A nous de changer, pour nous retrouver zen dans ce monde de brutes.
Gilles nous parle un peu de sa rechute et de sa tentative pour revenir vers l'abstinence. Dès son retour à Nice il a recommencé à revoir ses anciens compagnons de boisson, et il ne voulait plus entendre ceux qui pouvaient encore lui faire du bien. Depuis une semaine, il se retrouve dans un CSST (ou CSAPA ou centre de soins et de suivi en toxicomanie), il y rencontre médecins, psychologues, psychiatre, il doit faire un sevrage de huit jours et sera suivi. Nous pensons qu'après six mois d'abstinence, une rechute au fond du tonneau de deux mois, un sevrage devrait lui suffire mais, l'alcoolisme est une maladie si complexe que nous ne sommes pas au bout de nos surprises.
Puis revient sur le tapis la psychothérapie que nous jugeons indispensable pour arriver à juguler toutes nos souffrances qui nous ont fait boire. Bridget nous dit qu'elle sait les souffrances qui l'ont amenées à son alcoolisation (de toute façon elle gère, nous dit-elle).
Dans une thérapie de groupe, nous retrouvons une partie de nous même dans les attitudes de chacun, ce qui nous fait avancer. Le psychologue n'est pas là pour diriger, mais pour canaliser le débat et parfois il intervient sur un mot, ou une phrase de quelqu'un pour le faire réfléchir plus profondément. Il permet d'ouvrir des portes que nous avons refusées d'ouvrir pendant des années et où se trouve souvent l'origine de notre mal être donc de notre alcoolisation. Une fois que cette souffrance est détectée, elle ne disparaît pas, bien entendu, mais elle prend juste une autre dimension et nous pouvons vivre avec elle sans être obligé de l'anesthésier afin de vivre heureux sans alcool.

Rédigé par SANSAS

Publié dans #Dépendance

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C
j'aurais voulu dire à Bridget au sujet de la psychothérapie que ce n'est pas tant de savoir où est son problème qui importe puisqu'elle le sait mais de retrouver la trace émotionnelle de ce problème. En effet c'est l'émotion encore vivace qui perturbe plus que le savoir. Retrouver cette trace émotionnelle ne peut se faire que dans un cadre thérapeutique pour en être libérée. Tout aussi important est de faire cette démarche quand on se sent prête à affronter sa souffrance:se forcer ou être forcée peut faire plus de mal que de bien. amicalement<br /> Chantal
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