Permanence du mercredi 05 Novembre 2008

Publié le 1 Novembre 2008

Sujet  Thèmes du jour :
"Faut-il de la volonté pour se soigner???"

Compte rendu 
Quelques nouveaux à la réunion, nous faisons alors un tour de table afin que ceux-ci sachent avec qui ils parlent, quels ont été leur parcours.
Laurent bis sort de cure depuis une semaine, après avoir fait une cure à Blagnac où il a rechuté immédiatement parce qu'il se croyait plus fort que les autres, il a fait une cure dans la région et va peut-être faire un parcours vers la guérison en notre compagnie.
Hanane, que nous n'avions pas vu depuis quelques années, a du mal à maintenir une abstinence, elle a connu toutes les drogues et les sevrages successifs ont été très pénibles. Maintenant, nous sommes heureux de l'avoir revu à la permanence réunion, après trois ou quatre ans de silence. Reviendra-t-elle ? Ce sera selon son désir d'aller mieux.
Abdel, nous ressort son discours de l'abstinence où il ne se sent pas bien vers huit heures du soir et marche pas droit à cette heure (croit-il) et que seul l'alcool lui permet de mieux accepter l'arrêt de l'alcool. (Grosse ambiguïté)
Bridget, est là, c'est tout à son honneur, mais elle continue dans son discours où elle ne peut pas et ne veut pas devenir abstinente, impossible d'imaginer une vie sans alcool, au bout de trois verres elle se sent bien. Elle a été trop bien avec l'alcool, même si depuis peu elle reconnaît qu'elle est alcoolique mais pas « malade ». Pourtant il y a un léger espoir, elle ne refuse plus de voir un psychologue, bien qu'elle nous dise que cela ne sert à rien. Elle fait son chemin, en marche arrière mais, elle avance quand même.
Martine quant à elle, pense que la cure en milieu hospitalier est nécessaire pour se soigner, car la cure ambulatoire est absolument aléatoire avec toutes les sollicitations qui se présentent chaque jour, et à tout instant.
Puis nous attaquons le sujet du jour. Toute personne qui ne connaît pas l'alcoolisme pense qu'il n'y a que la volonté qui permet de s'arrêter, beaucoup ont entendu « tu n'as aucune volonté, tu ne veux pas t'arrêter ». Nous n'avions pas perdu la volonté puisque nous trouvions toutes les astuces possibles pour nous approvisionner en alcool. Ce que les personnes, qui ne connaissent pas l'alcool, ne peuvent imaginer la souffrance du manque. Pour s'arrêter il faut donc autre chose : le désir intense de vouloir se soigner, le désir intense de vouloir s'arrêter, le marre d'en avoir marre.
La première chose qui doit traverser l'esprit du malade, c'est la prise de conscience de son alcoolisme : exemple de Papy qui en voyant « Alcoolo » à l'entrée du service de gastro a compris qu'il était malade, qu'il fallait qu'il fasse quelque chose, c'est de là qu'est parti son désir de faire le chemin vers l'abstinence. Pour lui c'était soit le soin soit le fauteuil roulant.
Le parcours de chacun est souvent très différent.
J.J. par exemple sur un coup de tête, en étant très alcoolisé était capable de partir à 2000 kms de chez lui, ou de prendre son bateau et, dans la tempête où aucun bateau ne sortait, de partir vers la Corse et à cause de l'alcool, avoir faillit rater la Corse. C'était des coups de folie entre ses diverses périodes d'abstinence. Mais l'arrêt de l'alcool est venu quand il n'en pouvait plus d'avoir ses périodes avec et ses périodes sans. Il va beaucoup mieux et se sent guéri depuis qu'il a compris les raisons profondes de son mal-être par une psychothérapie de groupe.
Claude ter affirme que la volonté vient surtout après la cure parce que pendant, il se laissait aller dans l'euphorie d'aller mieux, avec des personnes qui évoluent en même temps que lui, dans une ambiance agréable.
Laurent bis qui sort de cure a pu analyser de près les motivations de chacun : il y a ceux que les enfants envoient en cure, d'autres la justice, d'autres veulent faire plaisir à leur conjoint (ce fut le cas de J.J. à sa première cure à 23 ans), ce n'est pas leur désir, leur volonté et ces cures sont vouées à l'échec.
Catherine explique qu'un psychologue nous avait dit que effectivement quand il n'y a pas désir la cure est souvent vouée à l'échec, mais après deux ou trois semaines de cure, le patient se dit quand même que c'est peut être une façon de s'en sortir mais comme il n'a pas fait sa cure en connaissance de cause, il rechute, mais la graine a été semée et souvent, ils revoient le patient quelques mois plus tard avec cette fois ci le désir de s'en sortir et ça marche.
Christiane, conjointe, explique l'alcoolisation de Claude, elle l'a connu malade, mais pensait qu'avec l'Amour, les changements dans sa vie (amis, travail, lieu de résidence) Claude avec son appui s'en sortirait. Ce fut la catastrophe car, Claude qui était dans sa période rose, a basculé assez vite dans la période noire. Ah ! la volonté pour trouver à boire, il l'avait, mais refusait toute discussion dès qu'elle voulait aborder la discussion sur son alcoolisation. Elle a alors baissée les bras. Claude continue à parler de ses soins en expliquant qu'il n'y connaissait rien en alcoolisme, qu'il ne savait pas qu'il était malade, qu'aucun médecin ne lui a proposé de se soigner ou lui expliquer. C'est le jour où il a décidé, pour aider sa femme quand elle sortirait de clinique, qu'il s'est retrouvé en delirium tremens, hospitalisé en urgence. C'est à l'hôpital que le désir est arrivé, oui, il fallait qu'il passe à alcool zéro, les médecins lui ont donné les outils et surtout il avait une forte Volonté d'aller mieux : rendez vous chez le Psychiatre pendant un an, l'association d'anciens buveurs, la recherche d'occupations durables, finalement il s'en est sorti avec les honneurs.
Abdel nous serine encore que s'il arrête de boire c'est comme si, à une automobile, on ne mettait plus de pétrole, s'il continue à venir à l'association c'est un désir fugitif de ne pas boire durant les trois heures que durent la réunion. Et s'il ne revient pas c'est que sa santé est tellement dégradée qu'il n'arrive plus à se déplacer. Nous lui rappelons qu'il est en danger de mort quand cela se produit, mais.... Claude lui rappelle qu'il ne sera jamais plus fort que l'alcool, l'alcool sera le maître tant qu'il n'aura pas eu ce déclic définitif de s'arrêter. Seul un voyage à la Mecque pourrait lui faire arrêter de boire, pense-t-il.
Claude bis raconte aussi sa longue démarche avant d'avoir le désir et ensuite la volonté pour s'en sortir. C'est sa mère qui voulait absolument le soigner : une cure à Blétrand dans le jura d'un mois où il n'a pas bu mais ne pensait qu'au prochain verre. Il a pris sa cuite dès la sortie de cure avant de retourner chez lui, puis ce fut la cure au Mont Blanc, il avait trouvé, avec la complicité des anciens, à boire la quantité maximum indétectable le soir au moment de souffler dans le ballon. Echec sur toute la ligne. Puis hospitalisation en HDT six mois en psychiatrie, il arrivait à faire rentrer de l'alcool avec des complicités internes et externes, puis six mois en hôpital de jour (cuite la nuit et hospitalisation le jour) puis hôpital de nuit (cuite le jour et hôpital la nuit) au désespoir des médecins qui l'ont jugé incurable. Finalement des Amis l'ont accueilli à la Turbie au dessus de Nice, changement de décors, ses amis lui ont laissé libre accès à la cave, jusqu'au jour où il a demandé d'aller se faire soigner parce qu'il n'arrivait plus à aller chercher son rhum pour la nuit. (Polynévrite).
Mais en sortant, ses amis qui n'y connaissaient rien, ont voulu fêter au champagne sa guérison, alors il a attendu la réunion de la semaine suivante pour demander s'il avait bien compris, c'est là que sa volonté a été la plus forte pour résister à la première sollicitation. Depuis sa volonté de participer aux réunions n'a pas faillit et il est toujours avec nous après 9 ans. Sa volonté de tenir était de faire 40 km par semaine pour venir à la réunion hebdomadaire.
Ma mère me couvait trop et il se demande encore pourquoi elle l'a fait venir de Normandie pour le faire soigner à Annecy, alors qu'il n'était pas demandeur. Mais quand il est venu à la Turbie il avait un petit boulot qui lui permettait de vivre et surtout d'acheter son rhum journalier : 50° à 50 Francs le litre. Ses amis de la Turbie ne comprenaient pas l'alcool zéro après être sortie de cure, mais ils ont réussi, par leur comportement, à l'amener à se prendre en main et avoir l'intense désir de ne pas les décevoir donc de se soigner.

Rédigé par SANSAS

Publié dans #La Maladie

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