Agora – 18 Novembre 2008
Publié le 26 Novembre 2008
Réseau Alcoologie Alpes Maritimes Ouvert (RAAMO)
Jeunes et Alcool
Bruno PEREZ salue l’ensemble de l’assemblée et rappelle le principe de cette journée : les membres des réseaux GT06 et RAAMO sont présents et présentent leur structure au grand public.
A 10 heures l’Agora débute : toutes les personnes intéressées peuvent y participer. On note aujourd’hui la présence d’élèves en grand nombre. Chacun peut intervenir et donner sa propre lecture du sujet.
Précisons aussi que le RAAMO fête ses 10 ans, tous les membres sont invités à poser pour la photo souvenir, en fin d’Agora.
- Le rôle des travailleurs sociaux auprès de personnes souffrant d’alcoolisme ?
Travailleur auprès des bénéficiaires du RMI : Orienter les personnes vers des associations et des centres d’alcoologie. Les travailleurs sociaux se sentent assez démunis face à cette pathologie.
Albert URBANI : Le RAAMO est composé de structures qui se connaissent suffisamment pour pouvoir diriger le malade où il faut.
Claude JOB : Des assistantes sociales sont venues à certaines réunions d’anciens buveurs pour pouvoir par la suite y orienter certains patients. Des groupes de paroles y ont lieu, et même s’il n’a pas de soignant, les gens qui le désirent peuvent être orientés dans des structures de soins .
E. LOISEAU, mission locale Antipolis : Le RAAMO est un outil de travail avec les jeunes. La difficulté est de leur faire reconnaître qu’ils ont un problème avec l’alcool.
- Comment les jeunes se sont-ils approprié l’alcool aujourd’hui ?
Un jeune : aujourd’hui les jeunes boivent pour se saouler, ce qui diffère de la génération précédente, pour qui il s’agissait la plupart du temps d’une habitude culturelle.
Pour les jeunes, une routine s’est installée dans ce comportement. 20% des jeunes s’alcoolisent de manière excessive, ce qui est un pourcentage important.
- Quel est le mécanisme qui pousse les jeunes à vouloir se saouler ? Si on sait ce que l’on cherche en buvant, on peut ensuite utiliser autre chose pour l’obtenir.
Les jeunes : certains boivent pour se sentir « meilleurs », obtenir une sensation de liberté, oublier le stress de la semaine.
Les jeunes veulent être « défoncés » et sortir du quotidien pour ne plus penser à tous les problèmes futiles qui leur prennent la tête.
Ils ont des problèmes familiaux et veulent s’en émanciper.
Prendre de l’alcool permet aussi d’aller à l’encontre de la volonté commune.
Si l’on pousse ce dernier argument au bout, il ne devrait alors pas y avoir de campagne contre l’alcoolisation massive, puisque les jeunes sont tentés de faire le contraire.
Marie-Ange (CCAA) : Au départ, la personne ne pense pas qu’elle va développer une dépendance à l’alcool. On en recrée une alors qu’on essaye de s’émanciper d’une autre (sa mère).
- Comment devrait être la prévention pour qu’elle ne soit pas vécue comme un interdit supplémentaire ?
Les jeunes : Montrer des images « chocs » (jeunes en coma éthylique…).
Les images banales de prévention ne font aucun effet car, à présent, les médias diffusent toutes sortes de programmes « libérés » auxquels les jeunes sont habitués.
- Isabelle PETISNE : Est ce que ce n’est pas aux adultes de transmettre aux jeunes la façon de trouver leur bien-être ?
Dr Patrick CHARBIT : Toute prévention est normalisatrice. Il y aurait un travail à faire vis-à-vis des familles et des médias, peut-être plus qu’auprès des jeunes.
La professeure : Lorsque les parents peuvent montrer l’exemple, c’est satisfaisant. Mais nous sommes dans une société où les adultes ont de plus en plus de problèmes, voire une addiction ou des soucis de famille. Les jeunes veulent fuir ces problèmes.
De plus, l’alcool est le produit le plus facile à se procurer. Les producteurs ciblent les jeunes, en fabriquant des produits attractifs (couleur, goût sucré,…).
Marie-Jeanne ELOFI : Certaines personnes s’alcoolisent sans problème extérieur, le bénéfice est plus difficile à trouver. Il faut peut-être chercher du côté du regard que l’on porte sur soi, le narcissisme, l’estime de soi, qui est sans doute déficitaire.
L’alcoolisation intervient à un âge où les jeunes se cherchent. De plus, ils disposent de leur téléphone, ordinateur, et rentrent dans leur monde sans s’ouvrir à l’adulte.
Conseillère d’insertion 16-25 ans : Nous organisons avec les jeunes des scénettes qui leur permettent de s’exprimer avec une médiation. Cela nous a permis de voir qu’ils sont conscients du problème d’alcool.
Ex-consommateur d’alcool : Un souvenir de son mal-être remonte à la période du CM2. L’environnement affectif faisait alors défaut. Il n’aurait pour autant pas confié cela à qui que ce soit. Lorsqu’on n’est pas intégré dans une cellule familiale, on s’en recrée une, à savoir les autres jeunes avec qui on partage une bouteille d’alcool.
- Quelles sont les solutions dont nous disposons ?
Bruno PEREZ : Une manifestation comme CAP SANTE est importante. Elle traite de tous les thèmes de santé. Au lieu d’interdire et de faire peur, elle donne envie d’aller bien.
Patrick KAPP (Alcool Assistance) : CAP SANTE permet d’informer sans juger ni culpabiliser. Beaucoup ont appris des choses. Aller mal n’est pas une « anormalité ».
La professeure : Les classes présentes aujourd’hui ont été informées de la journée d’aujourd’hui à CAP SANTE. Transmettre l’information est un des moyens d’avancer. Auparavant, les élèves et professeurs en question n’avaient pas connaissance d’un réseau avec des personnes présentes pour aider ceux qui sont malades de l’alcool.
Bruno PEREZ : Il existe un outil dont on parle trop peu : la relaxation. Notre cerveau fabrique naturellement des substances telles que la morphine etc…La relaxation est une technique qui peut faire passer la panique liée à une situation. Cela nécessite simplement un apprentissage. Cela permet aussi de mieux profiter des bons moments. On apprend à faire le silence dans sa tête, à être dans « l’ici et maintenant », et pas dans l’imaginaire (« j’aurais dû… »).
Les jeunes : Cette technique n’est pas assez immédiate pour quelqu’un qui veut le résultat à ses problèmes tout de suite.
Selon Bruno, les premiers effets peuvent se faire ressentir tout de suite. La technique en elle-même prend au moins quelques semaines pour être maîtrisée. Il faut être conseillé et orienté par un proche et évidemment la phrase « relaxe-toi » ne sert à rien.
Aller voir un psychologue ou un psychiatre effraie encore, alors qu’il faudrait le dédramatiser.
Il faut d’abord faire accepter à la personne qu’elle a un problème avec une substance.
Conseillère en insertion 16-25 : Il est bénéfique d’instaurer un climat de confiance et envoyer la personne vers le bon interlocuteur pour elle. Ne pas considérer cela comme un « problème ».
Dr Patrick CHARBIT : L’origine du message est importante. Venant d’un adulte, le message est connoté « apprentissage », ce qui est dur à accepter pour le jeune. Si le message vient d’un pair, il est mieux reçu.
Nous, soignants, devons nous convaincre que le patient lui-même possède les compétences. Notre rôle est de les faire émerger. La compétence première est l’instinct de survie. Une des stratégies est la substance. Il nous faut l’aider à trouver d’autres stratégies avec sa créativité.
Bruno : La dépendance implique d’être obligé de prendre la substance, et cela même si on sait que ça fait nous fait du mal, ainsi qu’à nos proches. La question n’est pas de faire prendre conscience, mais d’être dans la relation. Toute personne a besoin d’un lien. Le fait de traduire ce que le patient nous fait éprouver (« moi, je vous sens en souffrance ») peut aussi l’aider.
Le patient a de grandes difficultés, lui, à exprimer sa souffrance et parfois à être entendu par son entourage (peu de patrons compréhensifs…).
Dr Patrick CHARBIT : Il est toujours intéressant d’exprimer son ressenti, ce n’est jamais une faiblesse. C’est une bonne façon de dire à l’autre qu’on est inquiet et qu’on se préoccupe de lui. Parler de soi, de ce que l’on ressent envers l’autre, permet à l’autre de parler de lui. Cela permet une ouverture.
Albert URBANI : comment pouvons-nous ouvrir la réflexion à ce qui peut remplacer l’alcool ?
Les jeunes : l’Etat doit renforcer la réglementation. Il ne se met pas en face de la réalité et n’écoute pas la parole des gens.
Interdire quelque chose sans expliquer pourquoi ne suffit pas pour convaincre d’arrêter de boire.
Claude JOB : C’est le « parler-vrai » qui intéresse, lorsque l’on intervient dans les classes. C’est ainsi qu’ils sont captivés.
La professeure : En France, l’alcool a une connotation conviviale et culturelle. Les parents ne tiennent pas forcément le bon discours, en étant sévères avec les drogues et plus laxistes avec l’alcool.
Les jeunes : Dans les séries TV, l’alcool est valorisé et d’un autre côté, la prévention va à cette encontre.
Dr Patrick CHARBIT : L’idée du « gène de l’alcool » est à prendre avec beaucoup de précautions, de même que l’idée que si on supprime la cause, on supprime l’effet. L’alcoolisme n’est pas une maladie génétique, même si la question de l’hérédité est en cause. Il existe tous les cas de figures et on ne peut isoler le problème comme ça.
Conclusion : nous avons encore beaucoup à faire dans le domaine de l’alcoologie, mais des journées comme aujourd’hui nous mettent sur la bonne voie. Merci à tous.
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