Permanence du mercredi 10 Juin 2009
Publié le 6 Juin 2009
Sujet Thèmes du jour :
"L'alcool plus jamais"
Compte rendu :
Claude se rappelle la difficulté à admettre l'abstinence totale et définitive
« Je suis rentré à l'hôpital psy de Martigues, les pieds devant en état de delirium tremens, perfusions, visions cauchemardesques (rats plein la chambre, monstres sortants des murs, meute de chats sur mon lit ...). L'interne en Psychiatrie me dit que j'ai un problème avec l'alcool, que je peux me soigner, mais pour cela il me suffit de prendre un contrat moral de 28 jours avec l'hôpital. J'accepte ce contrat puisqu'enfin quelqu'un me donnait une solution à mon problème d'alcool que j'avais nié depuis des années, ne sachant pas que c'était une maladie, qu'il existait des moyens pour s'en sortir. Traitement soft, réunion avec tous les hospitalisés une fois par semaine. Au bout de dix jours environs, je suis invité par le psychiatre et le personnel soignant à une réunion spéciale pour les malades alcooliques présents. Nous étions trois ou quatre avec deux infirmières et le psychiatre. Les premières paroles du psy a été de nous signifier que à partir de ce jour et jusqu'à la fin de nos jours nous devrions être ABSTINENT TOTAL.
Ce fut un coup de massue sur la tête, moi qui avais vécu pendant plus de vingt ans, dans l'alcool, pour l'alcool, noyé dedans, le psy me demandait de supprimer le produit qui m'était indispensable pour vivre. Pour moi l'abstinence est devenue immédiatement dure comme le mur qui me faisait face, elle avait la couleur, que je vois encore, bleue, couleur de la peinture du mur. Impossible à contourner, nous dit-il.
Le mouvement d'anciens buveurs que j'ai rencontré à ma sortie de cure m'a expliqué, ma mis sur la voie, j'ai rencontré des gens qui étaient abstinents depuis quelques années et qui étaient très comme monsieur tout le monde. Le mur de l'abstinence s'est fissuré, j'ai pu passer le bras dans cette fissure, puis un jour cela a été la tête, je passais à travers ce mur et enfin un jour en me retournant je me suis aperçu que j'avais traversé le mur et que je me sentais quand même bien. J'étais heureux enfin de pouvoir vivre heureux sans alcool. »
Cedrick nous dit que depuis sept ans, ses copines qui ne connaissent pas la maladie, lui disent que maintenant il pourrait reprendre un verre. Il ne voit pas pourquoi il pourrait prendre un verre alors qu'à l'époque il buvait directement à la bouteille. Après avoir intégré que sa vie devait reposer avec Alcool Zéro, maintenant il se trouve serein et trouve que finalement c'est facile. Sa copine fume et buvait un Martini par jour, maintenant elle s'est habituée à ne plus consommer ce Martini quotidien.
J.J. lui abordait facilement le sujet avec ses relations et connaissances, pour éloigner la tentation. Maintenant il est en train de s'éloigner des personnes qui boivent et il trouve que c'est une autre ambiance qu'il côtoie mais qu'elle est meilleure que l'ambiance des soirées alcoolisées.
Christian se pose la question de savoir pourquoi le problème de l'abstinence est inaccessible pour certains.
J.J. lui répond que, pour lui, ce fut très difficile d'admettre qu'il passe par alcool zéro.
Jean, que nous sommes heureux d'accueillir à notre permanence, nous dit que quand il était aux Bruyères ou à la Membrolle à Tour, il a facilement intégré l'abstinence mais ce qui lui paraissait inadmissible c'était le définitif.
Quand J.J. s'est rendu compte qu'il ne pouvait plus boire, c'est devenu un combat de toute sa vie. Catherine et Jean pensent que si c'est un combat, il y a des risques de rechute. Il faut arriver à devenir serein devant l'abstinence.
Catherine prenait l'alcool comme un médicament tandis que J.J. aimait bien la boisson qui l'empoisonnait, pour lui l'abstinence était une punition.
Gérard pense que l'alcool n'est pas un combat de tous les jours mais il sait aussi que l'alcool est un produit dangereux pour lui. Mais ce n'est pas la mort.
Jean nous dit que chacun à pris son chemin pour consommer avec des motivations différentes mais chacun a pris également son chemin personnel pour devenir abstinent.
Gérard fait très attention, car il comprend l'idée d'abstinence mais c'est très difficile de l'accepter. Il a peur de la rechute, est souvent angoissé car il sait que nul n'est à l'abri de la rechute.
Jean nous dit qu'il y a des périodes où il est tenté mais il se résigne car il se sait fragile.
Claude ter, suite à sa sortie en Corse, qu'il faut penser que d'un côté il ne peut pas consommer de l'autre il se sent frustré par rapport aux autres.
Maintenant Cédrick fait un nouveau choix, de ne plus boire de café de manière compulsive.
Gérard est mal à l'aise de toujours faire attention.
Claude ter, en Corse, le passage de la bouteille en soirée, était comme le Calumet de la paix et était difficile à refuser.
Jean sait qu'il est nécessaire de dire non, il a été assez long pour l'admettre et dans certaines situations, il est fier de dire non et de le montrer.
Papy moustache a été obligé de se fâcher quand quelqu'un a essayé de lui verser un verre de Chianti, alors qu'il avait signalé qu'il n'en voulait pas.
J.J. pense qu'il y a des moments où l'on est seul, seul au milieu des autres et pas en phase avec eux.
Cédrick dit qu'il ne faut pas se mettre en colère, que cela ne sert à rien, mais il comprend que cette position est une position de défense, on ne peut rien contre la bêtise humaine et surtout on ne peut rien faire contre quelqu'un qui a trop bu.
Régat nous dit qu'il est dépendant, qu'il a des compulsions, il n'est pas abstinent en ce moment. Il sait qu'il doit être à jeun, il n'a pas d'alcool chez lui, il prend son traitement (très lourd) tous les jours, à 22 h il prend un somnifère et souvent vers 23 h il a des crises d'angoisse alors il double la dose de médicaments. Pour l'alcool c'est une pulsion incontrôlable, il trouve toujours une bonne raison pour boire. C'est le schéma de la dépendance, il faut essayer de ne pas être dépendant à d'autres produits. L'addiction rempli un vide intérieur car il est happé par les angoisses. Il a donc beaucoup de difficulté à dire « plus jamais », dans ses angoisses il pense que pour un verre de bon vin, il ne peut pas mettre une croix dessus.
Louis, toujours dans cet état d'esprit de son séjour à Val Pyrène, pense encore que quelques personnes peuvent arriver à boire modérément même en ayant été dépendant de l'alcool. Nous avons encore du travail à faire avec lui.
Papy sait, comme on lui à dit à l'Archet II que il faut qu'il reste à alcool zéro, et qu'il n'y a pas de tolérance autre. Il a peur de la rechute. Il est sûr de lui mais à peur quand même à cause de sa distraction. Maintenant il n'a plus non plus droit à du sucre à cause de son diabète, il est donc sucre égal zéro, alcool égal zéro. Depuis qu'il s'est arrêté toute sa vie a changé. Il a le sourire tout le temps, il a repris à revivre ou plutôt même à vivre. Il se met juste en colère devant l'intolérance des autres. Il bénéficie de toutes les joies liées à l'abstinence, alors il ne veut plus boire.
Christiane raconte la dernière aventure qu'elle a eue en allant chez la sœur de sa belle fille dont le mari est malade alcoolique. Elle nous avait invité à prendre une collation donc jus de fruit pour tout le monde, quand son Mari est arrivé, il a fait le reproche de ne pas avoir sorti une bouteille de Champagne, elle lui a répondu que nous ne buvions que du jus de fruit, il s'est renfrogné et Christiane lui a dit « non ! Plus jamais d'alcool ». Message qu'il n'a pu capter.
Cathy pense que la mère de son gendre est malade mais elle n'a pas les moyens de lui en parler.
Gaël pense avoir bien entendu le message quand il était hospitalisé à Virac. Ca ne fait pas longtemps qu'il l'a intégré dans son mode de pensée. Pour être bien dans sa peau, les soignants lui ont dit qu'il faut qu'il attende 18 mois. Il attendra. Il lui a manqué des infos sur la santé mais les groupes de parole lui ont permis de faire des pas en avant.
Abdel a le mot de la fin « tant qu'il existera de l'alcool, on ne pourra rien dire et rien faire. »
/image%2F1565259%2F20220408%2Fob_d9a052_logo-sansas-color-n-4.bmp)